Edito


« Un monde nouveau, on en rêvait tous
Mais que savions-nous nous faire de nos mains ? »


Feu! Chatterton


Cette phrase, tirée de la chanson « Un monde nouveau » de Feu! Chatterton, annonce notre nouvelle saison. C’est peut-être cela un théâtre. Un endroit où une part irrémédiable, non négociable de l’humain s’exprime et se partage. Pendant ces quelques mois de confinement, l’équipe du Nouveau Gare au Théâtre a été témoin, au fil des semaines, de quelque chose. Patiemment, malgré les contraintes, le travail des artistes se poursuivait. Un artisanat lent, patient, dont la matière première était la présence réelle.

 

Nous avons vu ce que les artistes faisaient de leurs mains, avec rage, détermination et enthousiasme. Ces oeuvres que vous allez à présent rencontrer. Plus que jamais
notre statut de Fabrique d’Arts nous a paru vital. Plus que jamais, porter son attention sur le chemin.

 

Nous avons été rassurés de voir que notre art était indéfectiblement lié à la présence. Sans la présence, sans votre présence, pas d’oeuvre. Le théâtre ne se fera pas sur la toile. Et c’est très bien ainsi. De la même manière qu’on n’embrassera jamais quelqu’un en embrassant l’écran.

 

Alors « Que savions-nous faire de nos mains ? ». Les artistes
nous ont donnés des réponses. Et à présent, il est temps, enfin, de les partager avec vous.

 

Des femmes. Beaucoup de femmes autrices et metteures en scène : Pauline Delabroy-Allard, Keti Irubetagoyena, Milena Csergo, Marie Desoubeaux, Rozenn Biardeau, Agathe Charnet, Mélanie Martinez Llense. Notre première partie de saison sera résolument féminine. Féminine et puissante, et nous en sommes très heureux.ses. Leur forte présence ne fait que refléter la réalité, encore trop souvent oubliée, de ce métier.

 

A découvrir également, nos évènements réguliers comme les soirées secrètes, les soirées I WANT YOUR TEXT et les soirées Barock !
Enfin, nos temps forts comme le cabaret déjanté de rentrée « Ride the tigers », le Festival de poésie-performance Ourdir et la première édition de notre festival d’hiver « Nous allons bien / les hauts parleurs » co-conçu avec le Collectif À mots découverts, autour des écritures contemporaines.

 

Côté pratique, on poursuit sans relâche nos ateliers pour les amateur.es de tous âges, on met en place des workshops à destination des professionnel.le.s, on accueille des compagnies en résidence, on reçoit des auteurs
et des autrices dans notre nouvel espace dédié à l’écriture, gratuit et ouvert à qui ressent la nécessité d’écrire. Croisements entre professionnels et amateurs, entre les artistes et les habitants. Et un théâtre qui poursuit sa lente métamorphose, qui accueille public et artistes dans des espaces rénovés.


La salle Yoshi Oïda. L’espace Claudine Galea. La salle Valérie Dréville à présent. En renommant ses trois salles principales et en invitant trois artistes majeurs à nous
accompagner de leur bienveillance, le Nouveau Gare au Théâtre a achevé de revêtir ses nouvelles couleurs. Aujourd’hui, un nouveau pan de notre projet commence avec
votre retour tant espéré.

Alors, « Que savions-nous faire de nos mains ? »

 

Si l’on pense aux mains du spectateur qui, en applaudissant, permet à l’artiste d’achever en partie le long chemin de la création, c’est un monde très ancien que l’on re-convoque. Un fil invisible extrêmement solide, long de plusieurs millénaires. Ce fil n’est pas prêt de se rompre. Mais, paradoxalement, dans l’époque actuelle, cela nous parait aujourd’hui neuf : Être ensemble. Assister aux spectacles. Entendre des voix. Voir des corps sur scène. Entendre des récits. Assister à l’émergence de mondes sur scène. Y assister aux côtés d’autres, d’inconnus. Et applaudir. Pendant un court moment, être ensemble. Un point d’incandescence. Artistes et public. Puis se séparer.

 

Nous ne savons pas si les mondes qui s’ébauchent ici sont nouveaux ou anciens. A dire vrai, peu importe. Ce qui compte, c’est de savoir sur quelles fondations ils reposent. Au Nouveau Gare au Théâtre, nous pensons que l’art scénique est un vecteur de liberté. Qu’une fabrique d’art est aussi une fabrique du lien social.

 

À la fin de la chanson, trois phrases sont répétées, comme une réponse possible à la question initiale : « Se prendre dans les bras. S’attraper dans les
bras. Ça, on le pouvait… ». Oui. C’est un bon point de départ.


La porte du théâtre est à présent ouverte. Quelque chose est pareil et en même temps, quelque chose a irrémédiablement changé. Allons découvrir et construire de nos mains ensemble, artistes, publics, habitant.e.s, équipe du théâtre, inconnu.e.s, ces mondes dont nous avons rêvé.

 

Diane Landrot & Yan Allegret

 

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